30/05
L’Euro 2016 en France !
Extraordinaire époque qui sait marier péril et légèreté! Hier, aujourd’hui encore, et demain n’en doutons pas, on nous explique la sévère crise qui nous frappe. La monnaie en danger. Les spéculateurs qui nous oppressent. Le colossal endettement, la faillite, l’économie de notre grand pays qui vacille. Les efforts que nous devons consentir, le tour de ceinture que nous ne pourrons pas éviter. Parce que c’est comme ça, nous dit-on, et que les français l’ont bien compris. Bref, noir c’est noir, comme le chante le plus célèbre des alcooliques belgo suisses.
Et puis, un grand homme de petite taille prend la main d’un petit enfant au grand talent et hop; par 7 voix contre 6, ramène l’antidote. Le football. Ce jeu de baballe pour riches crétins qui va, une nouvelle fois, sauver le pays. Souvenez-vous, l’Euro 84: En France, la fête ! Le mondial 98: En France, la méga fête !
Et ben, on a gagné, on recommence la fête en 2016 !
Un bonheur n’arrivant jamais seul, on fera la fête dans de beaux habits. Dans des stades tout neufs ou complètement transformés.
Ah bon ? Et pourquoi ? En 84, en 98, y’avait la fête, on avait réussi ! Le football se joue sur des terrains plus grands maintenant? Plus larges ? En pente ?
Nous qui devons conserver nos voitures plus longtemps, et perdre nos emplois plus souvent. Nous qui devons réduire notre consommation d’énergie, qui devons nous serrer la ceinture, on a du mal à comprendre. Du mal à comprendre que les budgets seront gelés, que les collectivités locales devront faire des efforts, et que là, soudainement, cette nouvelle dette devient un “investissement”, pour des structures dont on ne peux pas se passer.
Du pain et des jeux.
En ce qui me concerne, je regarderai une nouvelle fois, comme toujours, médusé, cette hystérie collective se répandre.
Et je me dirai, dommage. Dommage, parce que le football, ça pourrait être sympa; s’il n’était pas devenu la propriété d’un clan de financiers, de margoulins qui viennent profiter de la crédulité collective.
Sans écharpe et avec une bière, je regarderai, fataliste, ces matches capitaux, ce miroir aux alouettes, et j’écouterai, atterré, les commentaires d’après match. Parce que, la connerie, voyez-vous, ça m’amuse.
Bonne fête, donc !

